Peu de couvre-chefs ont une silhouette aussi immédiatement reconnaissable. La calotte ronde, le bord court et roulé sur les côtés, le ruban de gros-grain : le chapeau melon se repère à trois mètres, et c'est précisément ce qui fait sa force. Longtemps cantonné aux banquiers de la City et aux comiques du muet, il revient aujourd'hui dans les vestiaires masculins comme féminins, porté au second degré ou avec un sérieux parfaitement assumé. La Chapellerie Traclet, maison familiale roannaise depuis plus d'un siècle, en propose une lecture fidèle à l'esprit d'origine : un feutre bien tenu, une forme franche, une pièce faite pour durer.
Une invention anglaise très pragmatique
Contrairement à ce que sa réputation d'accessoire bourgeois laisse penser, le melon n'est pas né dans un salon londonien. Il est né sur le terrain.
En 1849, Edward Coke, frère du comte de Leicester, se rend chez Lock & Co. Hatters, à St James's Street. Sa demande est simple : ses gardes-chasse, qui parcourent le domaine de Holkham Hall à cheval, ne cessent d'accrocher leur haut-de-forme aux branches basses. Il lui faut un chapeau bas, dur, capable d'encaisser les chocs. Lock transmet la commande aux frères Thomas et William Bowler, feutriers de leur état. Le prototype arrive, et la légende raconte que Coke le pose au sol et monte dessus à deux reprises pour en éprouver la solidité. Le chapeau tient. L'affaire est conclue.
D'où les noms qui lui restent attachés selon les pays : bowler hat outre-Manche, du nom des fabricants, coke hat chez les puristes, derby aux États-Unis. En France, on a retenu la forme du fruit. Il faut dire qu'elle saute aux yeux.
Du garde-chasse au grand écran
Le passage du domaine campagnard à la ville s'est fait vite. Dès la fin du XIXᵉ siècle, le melon devient l'uniforme officieux de la classe moyenne urbaine britannique, puis celui des employés de banque, jusqu'à disparaître presque totalement des rues de Londres dans les années 1970.
Sa carrière culturelle, elle, ne s'est jamais arrêtée. Charlie Chaplin en a fait la moitié de sa silhouette, Laurel et Hardy en portaient deux, René Magritte l'a peint des dizaines de fois sur des visages absents, John Steed le maniait comme une arme dans Chapeau melon et bottes de cuir, et Malcolm McDowell lui a donné une tout autre couleur dans Orange mécanique. Détail moins connu et pourtant savoureux : en Bolivie, les femmes aymaras et quechuas, les fameuses cholitas, le portent depuis les années 1920, perché haut sur la tête, après qu'un stock destiné aux ouvriers du rail leur eut été écoulé faute de tailles adaptées aux hommes. Un siècle plus tard, il fait toujours partie de leur costume traditionnel.
Comment reconnaître un chapeau melon de qualité ?
Le melon obéit à des codes de construction précis, et c'est là que se joue la différence entre un déguisement et un vrai couvre-chef.
La calotte doit être parfaitement hémisphérique, sans pincement ni fente, contrairement au fedora ou au trilby. Le bord est court, généralement entre 4 et 5 centimètres, et surtout roulé vers le haut sur les côtés : ce curl est la signature de la forme, et un bord plat trahit immédiatement une copie approximative. Le ruban de gros-grain, souvent assez large, se termine par un nœud plat sur le côté gauche.
Vient ensuite la tenue du feutre. Le melon est traditionnellement un chapeau rigide, durci à la gomme laque, ce qui lui donne cette sonorité sèche quand on le tapote. Les modèles contemporains en feutre de laine sont souvent un peu plus souples, plus confortables au quotidien et plus faciles à ranger. Les versions en feutre poil, plus fines et plus denses, offrent un tombé et une durabilité supérieurs. Reste enfin l'intérieur : une coiffe en cuir ou en satin, une bande de transpiration bien cousue, et vous tenez un chapeau qui vieillira bien.
Feutre de laine ou feutre poil
Le feutre de laine constitue l'entrée idéale dans l'univers du melon. Chaud, mat, souple, il se porte sans crainte du quotidien et reste très accessible. Le feutre poil, obtenu à partir de poil de lapin ou de lièvre, présente un grain plus serré, un léger lustre et une résistance à la déformation bien supérieure. Il coûte plus cher, mais il traverse les années. Entre les deux, tout dépend de l'usage : un melon porté trois fois par an ne demande pas le même investissement qu'un chapeau de tous les jours.
Chapeau melon homme et femme : deux façons de le porter
La forme est rigoureusement unisexe, et elle l'a toujours été. Chez Traclet, la conviction est constante : il n'y a pas d'âge ni de genre pour porter un chapeau.
Au masculin, le melon fonctionne remarquablement sur les tenues structurées. Manteau en laine, costume trois pièces, pardessus croisé : il ajoute une verticalité et une netteté que peu d'accessoires apportent. Il tient aussi très bien sur un registre plus décontracté, avec un caban et un jean brut, à condition d'assumer le contraste.
Au féminin, il joue une autre partition. Porté légèrement en arrière, il adoucit son côté strict et apporte une touche rétro immédiate, quelque part entre les années 1920 et le vestiaire dandy. Il s'accorde particulièrement bien aux manteaux longs, aux robes fluides et aux coupes masculines revisitées. Un melon noir sur un trench beige, l'effet est net et le tout reste sobre.
Quelle morphologie de visage
La calotte ronde du melon accentue naturellement la rondeur. Sur un visage rond ou très plein, il vaut donc mieux le porter légèrement incliné et privilégier un modèle dont le bord est un peu plus généreux, pour rééquilibrer les volumes. Les visages longs, ovales ou anguleux, à l'inverse, sont ceux sur lesquels il tombe le plus facilement : la courbe adoucit les lignes marquées. Question de proportion avant tout, et un essayage vaut mieux que n'importe quelle règle.
Trouver la bonne taille
Un melon mal ajusté ne pardonne pas : trop grand, il descend sur les oreilles ; trop petit, il reste posé au sommet du crâne et marque le front. La mesure se prend avec un mètre ruban souple, autour de la tête, juste au-dessus des oreilles et à un centimètre environ au-dessus des sourcils. Le ruban doit être bien à plat, ni serré ni lâche. Le chiffre obtenu en centimètres correspond directement à la taille du chapeau, de 54 à 61 cm et au-delà pour les grandes tailles.
En cas de mesure intermédiaire, mieux vaut prendre la taille au-dessus : une bandelette de mousse glissée dans la coiffe rattrape facilement un demi-centimètre, alors qu'un chapeau trop juste ne se rattrape pas. Le guide de mesure du tour de tête est disponible sur le site, et l'équipe reste joignable par téléphone pour trancher les cas limites.
Entretenir son melon pour qu'il dure
Le feutre demande peu, mais il demande régulièrement. Un brossage doux dans le sens des aiguilles d'une montre, avec une brosse à poils souples, suffit à retirer poussière et peluches après chaque port. Les taches légères partent souvent à la gomme spéciale feutre, en frottant sans insister.
Sous la pluie, laissez sécher le chapeau à l'air libre, posé sur sa calotte ou sur une surface plane, jamais près d'un radiateur : la chaleur directe raidit et déforme irrémédiablement le feutre. Pour le rangement, évitez de le poser sur le bord, qui finirait par s'aplatir. Une boîte à chapeau reste la meilleure solution de conservation, notamment en été. Un guide d'entretien complet est téléchargeable sur le site.
La sélection melon de la Chapellerie Traclet
Cette catégorie rassemble les modèles melon disponibles à l'unité, dont la version signée Traclet en feutre de laine noir, fidèle aux proportions traditionnelles : calotte bombée, bord court roulé, ruban gros-grain. Une pièce d'entrée idéale pour qui veut tester la forme sans s'engager sur un feutre poil haut de gamme.
Le catalogue complet de la maison compte plus de 5 000 modèles issus de plus de 60 marques, du fedora au canotier en passant par les capelines, les casquettes irlandaises et les bérets français. Si le melon vous mène vers d'autres formes rigides ou classiques, la famille est vaste. Et pour les têtes difficiles à chausser, un service de chapeaux sur-mesure est proposé en boutique, à Roanne comme à Saint-Étienne.